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Ecuyers et écuyères: histoires des cirques d'Europe (1680-1891)

 

Enfant pour ainsi dire de la balle, Diane Dupont avait rêvé d'être comédienne et non écuyère de haute école. Elle avait tellement le goût de la comédie qu'elle appartint même pendant quelque temps au Gymnase où elle fît de brillants débuts. Les critiques d'alors lui prédisaient la comédie,et Zidler, qui l'avait rencontrée plusieurs fois lorsqu'elle sortait à cheval pour son plaisir, disait, à qui voulait l'entendre, qu'avant six mois elle serait à l'Hippodrome.

C'est Zidler qui eut raison, et voici comment. Un jour on parle à Mlle Dupont d'une petite jument à vendre. Elle va la voir, la trouve superbe et l'achète. Oui, mais avec un cheval comme celui-là, il faut, se dit-elle, que je travaille et que ma tenue soit irréprochable. C'est à M, Fillis que Diane Dupont s'adresse; et c'est pendant qu'elle travaille avec cet écuyer que Zidler lui offre un engagement à l'Hippodrome.

Elle avait pris goût à l'équitation, elle trouvait le cheval plus amusant que le théâtre, elle accepta ; et, en 1884, elle parut pour la première fois sur la piste de l'Hippodrome avec Dollar, un cheval qu'elle avait acheté à Élisa, qui venait de se retirer.

amazone-cirque.JPG

Elle avait avec Dollar, un autre cheval d'école, Zampa, et un cheval sauteur, Froufrou, qui a été primé deux fois au concours hippique de 1884-85 le prix pour saut d'obstacles.

Après avoir été engagée chez Rentz, à Berlin, à Covent-Gardén, à Londres, et au grand cirque de Bruxelles, elle revînt à Paris, où elle se fît applaudir au Cirque d'Été et au Nouveau Cirque, où elle présenta même un cheval dressé en liberté..

Comme on voit, Mlle Dupont est presque une nouvelle venue dans le monde équestre, mais cela ne l'empêche pas d'y occuper une des meilleures places.

Son travail, qui procède de la bonne école, est élégant .et harmonieux, et surtout très français. Il est empreint de cette distinction, de cette élégance qu'on trouve peut-être encore dans l'école hanovrienne, fille aînée de l'académie de Versailles. Elle n'écrase pas son cheval, comme la plupart des écuyères, elle l'allège ; aussi, lorsqu'elle le met en mouvement, au lieu dé se détacher lourdement du sol, on le voit s'enlever léger et assoupli. Le mouvement qu'il exécute s'effectue sans effort, toujours juste et gracieux. Le seul reproche que je ferai à cette écuyère est d'avoir fait au métier quelques concessions que l'art est tenu, je le sais bien, de faire, puisque l'équitation de

cirque s'adresse à tout le monde. Il faut charmer, étonner, éblouir, pour arracher les bravos des spectateurs, et, pour cela faire, on dénature la haute école traditionnelle, on fait faire à son cheval du pas espagnol ou on le fait s'agenouiller comme un chien savant. Je n'appelle pas cela de l'art, je nomme cela de l'acrobatie.

Diane Dupont est élève de M. Fillis, et de Montigny, ancien écuyer de Saumur ; mais, avant derecevoir les leçons de ces maîtres, elle s'était déjà acquis, quoique ne s'inspirant que d'elle-même, une incontestable supériorité. Sans être tout à fait jolie, il est impossible de ne pas la trouver charmante lorsqu'elle paraît à cheval ; il v a en elle une finesse, un sentiment innés. Son travail est aisé, souple, harmonieux, exempt de toutes contorsions et prouve la supériorité absolue de l'école française.

Les chevaux ajustés par Diane Dupont sont, comme je le dis plus haut : Froufrou, cheval très près du sang, irascible, se pliant difficilement aux exigences de manège et surtout de cirque; — son dressage, malgré les difficultés sérieuses qu'il offrait, est complet; — aujourd'hui, c'est un cheval souple, accomplissant le travail le plus fin, le plus délicat, et contre lequel il n'y a rien à reprendre.

Dollar, dont le dressage est d'une perfection complète : son travail sur deux pistes est irréprochable et ses changements de pied en l'air du tac au tac sont vraiment merveilleux.

Il en reste bien un troisième, mais, comme son dressage n'est pas terminé, je n'en parle point.

Paris a vu défiler au Cirque des individualités nombreuses : toutes étaient douées de grandes qualités, mais aucune d'elles, à part Anna Fillis que je mets hors pair, ne personnifiait une école comme Diane Dupont, qui peut être considérée à bon droit comme une élégante interprète de l'École française.

Les natures d'élite seules peuvent exercer, sans contrainte d'aucune sorte, une influence utile sur les chevaux qui passent par leurs mains. Si la magie n'était pas un art démodé, il faudrait aller chercher, presque dans ses secrets les plus impénétrables, les origines de l'art qu'a découvert Mlle Dupont, d'assouplir les chevaux qu'elle monte aux durs exercices qu'elle leur impose quelquefois.

Puisque la magie n'est plus qu'un vain mot, il faut essayer de trouver ailleurs le moyen à l'aide duquel Mlle Dupont triomphe de la résistance qu'elle pourrait rencontrer.

C'est bien simple : quand le cheval qu'elle monte veut se défendre, il rencontre aussitôt une main aussi fine que sûre, qui lui impose tel ou tel exercice. Le cheval habitué à obéir à une volonté plus énergique, plus intelligente que la sienne, suit volontiers, sans caprice, l'impulsion qui lui est donnée. Tout est là ! Comme les meilleurs hommes de cheval, Mlle Dupont s'est rendu compte des qualités et des défauts du cheval à qui elle doit imposer certains exercices. Elle sait ce qu'elle peut lui demander, et elle règle ces exercices sur l'étendue des forces et sur la nature des aptitudes qu'elle a constatés sur l'animal qu'elle présente au public.

Une fois montée, elle est sûre d'elle-même comme de sa monture : elle ne doute pas un instant, elle n'hésite point, et le cheval, qui la connaît, irait au bout du monde sans s'arrêter, si elle ne lui commandait pas le repos.

 

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Dans MONSIEUR CLOWN! De EDOUARD DE PERRODIL

 

Mlle Dupont, écuyère de haute école, avait deux mille cinq cents francs par mois, soit trente mille francs par an ; Mlle Guerra, la Patti du genre, quatre mille francs, soit quarante-huit mille francs par an.

Tag(s) : #Equitation en amazone spectacle écuyère de cirque
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