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Ecuyères de cirque et amazone MARGUERITE DUDLEY

Écuyers et écuyères: histoires des cirques d'Europe (1680-1891)

MARGUERITE DUDLEY

C'est en 1884 que Marguerite Dudley, la petite Dudley, comme on l'appelait alors, fit son entrée au cirque des Champs-Elysées elle avait alors dix-huit ans.

Tout enfant, Mlle Dudley s'en venait assister, presque chaque jour, aux représentations de Emilie Loisset. Elle prenait un plaisir très vif à la voir travailler, et son plus grand désir était d'être écuyère. Cette idée ne l'abandonnait ni jour ni nuit ; elle en était pour ainsi dire hantée. C'est alors que sa famille se décida à la laisser entrer au cirque. Désireuse d'apprendre et de connaître à fond son métier, elle commença, comme tout bon ouvrier, par l' A B C du métier.

illustration : Le sport universel illustré

photographie par Jean Delton

Ecuyères de cirque et amazone MARGUERITE DUDLEY

Après six mois de répétitions et de travail opiniâtre, M" Dudley entra comme écuyère dans les manœuvres; puis après dans les quadrilles d'école ensuite dans les reprises d'ensemble de haute école.

Voyant son assiduité, son énergie et aussi sa manière élégante de monter, M. Charles Franconi la détacha du groupe de ses camarades du cirque et s'appliqua à en faire l'écuyère de haute école que nous connaissons. Dudley est la digne élève d'un maître comme M. Charles Franconi.

Dudley peut aujourd'hui prendre place à côté de nos grandes écuyères : Moskoivay le cheval avec lequel elle s'est présentée au Cirque d'Été, en est la preuve. Il exécute tous les airs de manège avec une netteté et une précision remarquables; les difficultés, pour les changements de pieds, du tac au tac, provoquées par l'emploi discret de l'éperon et de la cravache, ont été vaincues ; le trot espagnol par l'impulsion et le soutien, résume tout le développement qu'un cheval peut donner dans ses allures artificielles. M" Dudley, dont le buste centaurise avec le cheval , est très correcte ; en un mot, c'est une écuyère d'une incontestable supériorité. Marguerite Dudley est le type idéal de l'amazone élégante. Elle a la finesse, le sentiment innés avec lesquels on monte réellement à cheval.

A cheval, la finesse et la distinction seront toujours des conditions indispensables pour rendre une femme agréable à regarder; si elle substitue la force à la grâce, la violence au tact, non seulement elle offre un spectacle pénible à voir, mais tout charme est rompu ; M" Dudley a le sentiment et le « comme il faut » d'une écuyère de haut style, et elle est à cheval souple et gracieuse.

 

 

Les difficultés sont résolues par elle comme par son cheval avec une telle aisance, une si merveilleuse facilité, qu'en vérité on se demande pourquoi on ne le ferait pas soi-même.

Un terrible accident manqua de briser la carrière de Marguerite Dudley. En 1889, à une répétition du Cirque d'Hiver, elle venait de terminer sa reprise d'école sur son fameux cheval russe Dvornick, elle rentrait au trot espagnol ; déjà elle avait franchi la barrière qui sépare la piste de l'écurie, quand le cheval se mit à reculer précipitamment, prit son élan, se tint droit, debout sur ses jarrets et se renversa violemment sur la malheureuse écuyère, qui se débattait, étouffant sous le poids de Dvornick. Les écuyers, témoins de cette chute, se précipitèrent dans le manège au secours de Dudley ; il fallut plusieurs minutes pour la dégager. On la releva, on l'emporta brisée, évanouie; on crut un instant qu'elle allait succomber, comme la pauvre Emilie Loisset, mais ce qui tua l'une sauva l'autre : les fourches de la selle, le cheval tombant à droite, la préservèrent de l'écrasement ; ce ne fut qu'au bout de trois mois qu'elle put reparaître devant le public, qui lui fît une ovation, et qui, par ses applaudissements, manifesta à la sympathique écuyère tout le plaisir qu'il avait de la voir reprendre à nouveau ses exercices de haute école.

Voici la nomenclature des chevaux montés par elle : Abouretcha, cheval tarbe; Tcherkess, cheval Trakehnen ; Dvornick, cheval russe ; cheval de l'Ukraine ; Brigand, cheval de demi-sang, remarquable par la vitesse, la justesse, la précision de ses changements de pieds au deux temps et du tac au tac ; il peut en fournir à volonté pendant deux ou trois tours de manège, sans pour cela

se jamais désunir. Enfin Régent, un joli cheval polonais à deux fins. C'est à lui que M" Dudley, à la fin de la reprise d'école, faisait exécuter à pied, la chambrière à la main, tout sellé et bridé, les airs de manège d'un cheval en liberté, travail au trot, au galop, pirouettes, saut des barrières, etc., etc.

Cette innovation heureuse rompait un peu la monotonie forcée et régulière de la haute école.

Petit à petit M Dudley prit goût au travail à pied, et, comme elle manie la chambrière aussi bien que la cravache, elle est arrivée à des résultats merveilleux.

Pour le moment, elle a en dressage six chevaux en liberté, qu'elle dirige avec une crânerie remarquable. Sa chambrière va des épaules de l'un, pour la ramener vivement en arrière des hanches des derniers pour les faire avancer ; cela a l'air facile aux représentations quand le travail est tout prêt, tout mâché, mais que d'efforts, que de patience, pour arriver à ce résultat!

Un mot pour finir :

M" Dudley a inauguré, pour ses chevaux en liberté, l'habit, la culotte et le bas de soie noire. Rien d'élégant comme ce dernier costume, qu'elle porte avec une distinction d'attaché d'ambassade.

Ecuyères de cirque et amazone MARGUERITE DUDLEY

L'accident de 1889 dans la presse: le Rappel

Dans l'après-midi d'hier, pendant une répétition au Cirque-d'Hiver, il s'est produit un accident.

Mlle Marguerite Dudley, écuyère de haute école, montait Dwornick, son cheval russe, et son travail était terminé, quand l'animal fit un bond prodigieux sur la piste, se renversa, se releva, se jeta à droite, à gauche, se renversa une seconde fois et s'abattit en poussant un long hennissement. Il était mort.

Pendant ces derniers mouvements, Mlle Dudley essayait de se jeter en dehors -de la selle, et les écuyers se précipitaient à son secours, mais les bonds désordonnés de Dwornick rendaient leur aide inefficace : la jeune écuyère tomba de côté, heureusement, à la dernière chute du cheval..

Transportée à la pharmacie du cirque, elle fut en proie à une crise de nerfs, mais elle revint bientôt à elle. On reconnut qu'elle n'avait aucune lésion interne. Seul, le bras gauche, qui a supporté une partie du poids du cheval, a été assez gravement luxé.

Reconduite chez elle, Mlle Dudley en sera quitte, espère-t-on, pour une quinzaine de jours de repos.

Le vétérinaire du cirque, mandé immédiatement, a reconnu que le cheval était mort foudroyé par une congestion cérébrale.

Ecuyères de cirque et amazone MARGUERITE DUDLEY

son retour en piste quelques semaines après.

journal Gil blas

Ecuyères de cirque et amazone MARGUERITE DUDLEY

en 1887 dans le Journal des débats politiques et littéraires

Ecuyères de cirque et amazone MARGUERITE DUDLEY

la même année dans Gil Blas

Ecuyères de cirque et amazone MARGUERITE DUDLEY

elle brillera ensuite dans la présentation de chevaux en liberté

gil Blas 1889

Tag(s) : #Equitation en amazone spectacle écuyère de cirque
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